Actuel le socialisme ... ?
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Le socialisme est- il toujours d’actualité [1] ?
Le "Socialisme" est une doctrine qui préconise la substitution de la propriété collective à la propriété privée, au moins en ce qui concerne les principaux moyens de production et d’échange, et à l’exclusion des objets de consommation personnelle ou familiale.
Les mouvements socialistes :
Dès 1830 naissent dans nombre de pays des mouvements révolutionnaires à tendance socialiste. Toutefois, ce n’est que dans la moitié du 19e siècle que se constituent des partis organisés.
La formation de tels mouvements est née de l’essor extraordinaire de la grande industrie pendant les années qui s’étendent de 1850 à 1870, et de l’accroissement incessant d’une population qui se concentre dans les grandes villes. Une classe nouvelle se développe : "Le Prolétariat".
Le socialisme utopique
Ensemble de doctrines soutenues par les grands réformateurs sociaux du 19e siècle inspirés des idées de justice et de fraternité. Les lumières contre le cynisme et la désinvolture (Beaumarchais).
__* Saint Simon auteur d’une fameuse parabole (en1819) voulait supprimer l’héritage industriel,
__* Fourier et ses petites unités autonomes : "Les phalanstères",
__* Robert Owen, industriel anglais, précurseur du coopératisme,
__* Louis Blanc, auteur de "L’organisation du travail" prône l’autonomie des associations productives sous la surveillance de l’état,
__* Proudhon, et son troisième monde fondé sur le"Mutuellisme", principe d’entraide réciproque qui est à la base des mutuelles,
__* Etienne Cabet, porteur de l’utopie du communisme idéal, "Voyage en Icarie" (1842),
__* ...
Le socialisme scientifique
Au sens de Marx et Engels, démontrent que l’avènement d’un régime socialiste est l’inévitable aboutissement de la lutte menée par le prolétariat et les forces productives contre le patronat. Ils s’appuient sur les grands savants de l’époque révolutionnaire : Monge ; Carnot ; Condorcet ... ;
Le socialisme réformiste
Qui préconise la transformation graduelle de la société par des moyens pacifiques.
Le socialisme révolutionnaire
Qui estime que la transformation finale ne pourra avoir lieu que par des moyens violents.
Le socialisme chrétien
Timidement porté par La Mennais (Lamennais) et son disciple Lacordaire.
En 1843, dans son ouvrage "L’union ouvrière", Flora Tristan, une femme, invente le concept, comme nous dirions aujourd’hui et qui a fait florès, de "Classe Ouvrière".
Dans un sens très général, la doctrine du socialisme s’oppose à celle du "Libéralisme économique".
Les développements en France
Disloqués par la défaite de La Commune, les groupes socialistes se réforment vers 1880. En 1881, Jules Guesde et Paul Lafargue rédigent le programme du "Parti Ouvrier Français", qui ne tarde pas à se scinder en plusieurs associations indépendantes : les Possibilistes, les Intransigeants, les Indépendants, les Opportunistes sans oublier le parti Blanquiste ni la Fédération Socialiste Révolutionnaire.
En 1905, sous la direction de Jean Jaurès qui veut : "Substituer à l’arbitraire la certitude d’un droit", les différents groupes s’unissent en un "Parti Socialiste Unifié".
Assassinat de Jaurès en 1914. Guesde et Sembat entrent au gouvernement. A la fin de la guerre, les conflits deviennent plus fréquents et plus grands au sein du parti socialiste.
En 1920, au congrès de Tours, c’est la scission entre ceux qui refusent d’adhérer à la 3ième Internationale et ceux qui fonderont le PCF.
Mais c’est la guerre de 39/45 qui, dans l’évolution des "Socialismes démocratiques", a posé les problèmes les plus importants. Les circonstances sont apparues d’une façon générale comme très favorables à l’essor de ces partis, mais, en même temps, l’élargissement de la notion d’idéal socialiste, auprès d’une clientèle électorale de plus en plus composite, aurait justifié des mises au point doctrinales qui n’ont jamais vu le jour.
En France, on pouvait attendre un effort de renouvellement doctrinal au lendemain de la libération. Blum avait assigné pour but au socialisme "La libération de la personne humaine".
"Le socialisme démocratique" a perdu en plus le caractère de parti ouvrier en prenant davantage conscience de la solidité du régime capitaliste. Il a été conduit à adopter une ligne modérée, susceptible d’agir sur de nouvelles couches sociales, mais sans grande efficacité du point de vue socialiste. C’est peut - être vrai encore aujourd’hui.
Signé le 27 juin 1972 par G. Marchais, PCF ; F. Mitterrand, PS et R. Fabre, radicaux de gauche, le "Programme Commun" pour : "Vivre mieux, changer la vie" "Démocratiser l’économie, développer les libertés"... même s’il y a eu des avancées, n’a pas apporté de grands bouleversements sur le fond.
Savoir la révolution pour mieux comprendre le présent et préparer l’avenir.
Dans le tumulte du 19e siècle, des hommes et des femmes inspirés et minoritaires se battaient pour "Etablir un régime républicain" dans un pays qui n’en voulait pas. La troisième république, celle des "Jules" et des "Professeurs", est née de leur force de conviction, de leurs engagements souvent payés très chers, de la foi qu’ils avaient de la *Liberté*.
Aujourd’hui, La République, ses représentants élus bien entendu, n’a pour ambition que de "Refléter" la société. Résultat : "La disparition du vrai débat démocratique".
Notre démocratie est énervée, "sondagière" et démagogique, où les chefs pensent "Carrière politique".
Ici, il me paraît intéressant, de parler de deux personnages que rien ne prédestinait, ni par leur naissance, ni par leur éducation, à devenir des partisans d’un socialisme actif, si ce n’est le choix très tôt, sans ambiguïté de "suivre toujours les chemins de la liberté".
Alphonse de Lamartine
Poète et député, né à Mâcon en 1790, c’est un tenant de l’orthodoxie catholique et royaliste.
1830, Académie française et carrière politique. Lucide quant aux responsabilités de Charles X, il reste cependant fidèle aux Bourbons.
1831, il est battu à l’élection de la Chambre des députés de 19 voix sur la politique "rationnelle" :
__* Dieu pour point de départ et pour but ;
__* Le bien le plus général de l’humanité pour objet ;
__* la morale pour flambeau ;
__* La conscience pour juge ;
__* La raison morale pour guide ;
__* La liberté pour route.
Il veut la séparation de l’église et de l’état, la liberté de la presse, l’enseignement libre (pas dans le sens d’aujourd’hui), le suffrage universel (pondéré). Il fait son entrée à la chambre des députés en 1833. Il entend fonder un parti à lui : "Le Parti Social". Non pas un parti socialiste, mais un parti qui demande l’intervention de l’état pour "Empêcher la richesse d’être oppressive et la misère d’être envieuse et révolutionnaire".
Son discours à la Chambre le 15.02.1842 est un morceau de bravoure : "On dirait que le génie des hommes politiques ne consiste qu’en une seule chose : à se poser là sur une situation que le hasard ou une révolution leur a faite, et a y rester immobiles, inertes, implacables, oui implacables à toutes améliorations. Et si c’était là, en effet, tout le génie d’un homme d’état chargé de diriger un gouvernement ; mais il n’y aurait pas besoin d’un homme d’état : une borne suffirait".
En 1847, quand paraît son livre : "L’Histoire des Girondins", ouvrage politique plus encore que d’histoire, Lamarine milite en faveur d’un idéal démocratique débarrassé de la violence, et la République n’est plus un mot, une perspective qui lui font peur.
Victor Hugo
Catholique et monarchiste, il demanda une pension à Louis XVIII et l’obtint. Académie française en 1841, pair de France en 1845, vicomte. Entre temps il est passé au culte de Napoléon (plus tard "le petit"), mais, il évolue vers les idées républicaines. Enfin il se rallie à la République, s’oppose au coup d’état du 2 décembre 1851 ce qui lui vaut l’exil. Il rentre en France en 1870. Il a choisi le camp de la liberté dès 1827.
Je ne vais pas rappeler ici la carrière du "Monument" Victor Hugo ainsi que ses innombrables prises de position. Sa singularité tient au fait qu’il ne prétend pas que le réformisme porte et induit la révolution, mais que seule la révolution peut porter et induire le réformisme. Et sa modernité découle de ce que son objectif n’est pas le règne absolu de la justice et de l’égalité au détriment des acquis démocratiques et républicains, mais beaucoup plus de démocratie et de République comme condition de beaucoup plus d’égalité et de justice.
Le 24.02.1854, il entend faire confirmer les droits de l’homme, proclamer les droits de la femme, décréter les droits de l’enfant. Il se singularise aussi et entre autres, par cette déclaration : "Tout peuple qui fût soumis, partage en partie, la responsabilité de cette soumission. La faute de la victime du pouvoir déchu réside dans le temps qu’elle a mis avant de réaliser cette révolution. Au nom de l’hésitation à s’insurger, a- t- on le droit de se montrer implacable au lendemain de l’insurrection ?" ; fustigeant par là ceux que nous appelons aujourd’hui les résistants de la dernière heure.
De Tocqueville à Eugène Sue, en passant par "Les hygiénistes", tous montrent combien la "Question sociale" est devenue préoccupante. Le rachitisme, l’alcoolisme, la tuberculose sont des maux courants. Dans les régions industrielles, la moitié des conscrits est réformée.
Joseph Proudhon, en 1851, dans l’idée générale de la Révolution au 19e siècle : "Le paupérisme ainsi prévu, préparé, organisé, par l’anarchie économique, a trouvé sa sanction. Elle est dans la statistique criminelle. Quand l’ouvrier a été abruti par la division parcellaire du travail, le service des machines, l’instruction ignorantiste ; quand il a été découragé par la vilité du salaire, démoralisé par le chômage, affamé par le monopole ; quand il n’a plus ni pain ni pâté, ni sou ni maille, ni feu ni lieu, alors il mendie, il maraude, il filoute, il vole, il assassine ; après avoir passé par les mains des exploiteurs il passe par celles des -justiciers-. Est - ce clair ?"
Si les violences, l’insécurité, le terrorisme sont comme ont dit "la bombe du pauvre", s’ils prennent racine dans la misère, s’ils ne sont pas une pathologie surgie du néant mais de l’injustice et de l’impuissance des pauvres à améliorer leur sort, alors jamais autant qu’aujourd’hui on ne devrait entendre aussi fort la voix de ceux qui veulent s’attaquer à la pauvreté.
Au sein des démocraties repues devrait s’élever la voix de ceux qui réclament justice...
Le socialisme est- il toujours d’actualité ?
Les quelques citations évoquées ci - dessus, montrent que la pauvreté, depuis longtemps, cause des ravages. La misère, qui est la pauvreté moralement ressentie, à tendance à montrer, encore aujourd’hui, plus que le bout de son nez. Certes, on ne meurt plus de faim en France en 2003. Peut- on se contenter de cela (mais on y meurt de froid) ?
Les néo - conservateurs tiennent à perpétuer l’idéologie de l’effort, du travail, dans un contexte où le travail payé devient de plus en plus rare. Ils poussent les personnes à se concurrencer très durement et en attendent la renaissance d’un capitalisme dynamique débarrassé de ses scories à savoir tout ou partie des lois sociales.
La réussite de cette politique repose sur l’adhésion du peuple aux valeurs qui lui sont imposées par des personnalités de premier plan dont nous savons tous que leur réputation dépasse de loin leurs qualités propres. Ils parlent progrès, un de ces mots derrière lesquels ils essayent de grouper beaucoup plus d’ambitions menteuses que d’idées.
D’ailleurs, ces gens là ne sont pas capables d’imaginer une société différente de celle dont ils ont la charge. Ils veulent la transmettre à leurs successeurs, éventuellement à eux - mêmes, aussi semblable à ce qu’elle était lorsqu’ils ont accédé au pouvoir à la sortie du moule d’une grande école ou université et qui commettent des rentiers de l’esprit. Ils veulent se faire passer pour des guetteurs d’aubes. Mais des aubes qui ne perceront pas.
Ils sont trop souvent à l’écoute des adversaires de l’intervention de l’état, quand ils ne sont pas les chantres, au travers d’une construction idéologique : "l’Etat providence" qui n’est autre que "l’Etat social". La propriété sociale qui est mise à mal aujourd’hui par toutes les obédiences a reformulé en de nouveaux termes le conflit séculaire entre le patrimoine et le travail. Il serait bon de ne pas l’oublier même si cette idéologie a besoin d’un toilettage.
Aujourd’hui, la spéculation étouffe la production.
Le lien entre "Plus" et "Mieux" est rompu. Beaucoup de nos besoins insatisfaits seront comblés non pas en produisant plus, mais autrement, autre chose, voire en produisant moins. Cela vaut pour nos besoins d’eau, d’air, d’espace, de silence, de beauté, de temps, de contacts humains ...
Nous en sommes à vilipender peu ou prou les trente cinq heures. En oubliant que la réduction du temps de travail est une vraie avancée sociale inscrite dans l’histoire.
Et demain ?
Une solution selon A. Gorz, serait de faire dépendre le pouvoir d’achat non pas de la quantité de travail fournie mais de la quantité de richesse socialement produite. Gorz développe ses thèses dans "Métamorphose du travail - Quête de sens". Robert Castel dans "La métamorphose de la question sociale" développe aussi des thèses intéressantes, très bien étayées et viables.
Oui, le socialisme a un avenir. Ou alors il faut se résigner à ce que le capitalisme n’ait plus de concurrence. Que les temps ne soient plus au dialogue mais aux loups !
Pour nous aider à répondre positivement à cette question, il va nous falloir regarder du côté du Brésil, pays où le Parti des Travailleurs a réussi démocratiquement à faire élire un président de gauche et dont le socialisme ne fait de doute pour personne. Une tâche immense l’attend mais cet homme, Ignacio Lula da Silva, dit "Lula" a démontré qu’il a de la ténacité, de l’opiniâtreté, des convictions et du courage.
Le renouveau du socialisme passera- t- il par le Brésil, Porto - Allègre et plus généralement l’Amérique latine ?
Dernièrement, Lula devait se rendre à Davos. Avant son départ, devant la foule de ses partisans, à Porto - Allègre il a tenu à déclarer : "Plus un enfant du Brésil ne doit aller à l’école le ventre vide". Voilà une référence au socialisme, loin des grandes philosophies et doctrines sophistes et ronflantes. En France, aujourd’hui, est évoqué le problème des cantines scolaires. Des enfants y sont refusés car les parents peinent à payer les tickets. Il n’est pas sûr par ailleurs que tous les enfants mangent à leur faim avant que de se rendre en classe.
Pire, c’est sur cette capacité à communiquer qu’ils se font élire
et sont appelés à conduire les destinées du pays.
Alès, le mardi 04 février 2003
Note :
A quelques nuances près, je trouve qu’il existe une grande corrélation entre le 19e siècle et nos jours. Mais, la liberté n’était pas un mot vide de sens, le courage de nombre d’hommes et femmes politiques était réel. Ils couraient de vrais et gros risques. Ils ne communiquaient pas mais défendaient leurs idées jusqu’à en mourir, parfois. Quand il le fallait, ils savaient s’insurger.
[1] Apéro philo (mardi 04 février 2003).
