Le Gardon dans la ville d’Alès
par
CONTRIBUTION AUX DEBATS SUR LE GARDON A ALES
par Pedro MIRAS
Alès, le 26 août 2003
1 Le Gardon domestiqué ?
2 Qu’est-ce que l’on observe ?
3 Que pourrait-on faire ?
4 Conclusion
Annexes pour préciser ou développer ce qui précède
Annexe 1 Le fonctionnement du Gardon
Annexe 2 Les interventions dans le Gardon
Annexe 3 Les seuils
Annexe 4 Les documents d’urbanisme
Annexe 5 Embâcles : exemple et propositions
Annexe 6 Les coûts
1 Le Gardon domestiqué ?
Dans les temps reculés les hommes ont choisi d’implanter leur habitat au bord de l’eau. Cette démarche relevait sans doute d’une nécessité : énergie des moulins de toutes sortes, proximité de l’eau pour les besoins humains, rivière exutoire ... Dans les temps plus récents ils ont continué à développer leur urbanisme, non seulement près des rivières, mais aussi dans tous leurs champs d’expansion [1].
Dès lors, face aux crues destructrices il a fallu se protéger en élevant des murs, des digues, des épis, des barrages, autant d’ouvrages toujours plus longs, plus hauts, plus nombreux, plus chers.
L’homme a cherché à domestiquer le Gardon, mais sans jamais vraiment réussir. Il suffit de constater les catastrophes à répétitions. A chaque crue importante on observe de nombreuses submersions et destructions, avec les drames humains qui les accompagnent.
Dans la situation présente, si rien de vraiment approprié n’est fait, on pourrait connaître des épisodes plus graves [2] encore que ceux de septembre 2002. Les conséquences seraient telles, que nous devons tout mettre en œuvre pour mieux nous protéger des crues, et en limiter les effets destructeurs.
2 Qu’est-ce que l’on observe ?
Malgré tous les travaux qui ont été réalisés les catastrophes sont toujours là, plus violentes chaque fois. Les ouvrages construits ne contiennent pas mieux le Gardon en crue ; mais certains bien au contraire, gênent et perturbent son écoulement. La végétation mal maîtrisée vient aussi aggraver les conditions d’écoulement.
Les obstacles
Les constructions
Toutes les constructions en élévation (piliers [3], barrage mal situé [4], banquettes en graviers et enrochements, ouvrages divers ...) dans le lit du Gardon réduisent le débit, perturbent l’écoulement et favorisent les embâcles, et en cas de destruction peuvent les alimenter.
La réduction du chenal
Les ouvrages construits au pied des murs (banquettes en terre et enrochements), réduisent la largeur du fond du lit. Ceci a pour effet d’augmenter la vitesse de l’eau, plus particulièrement pour les petites crues qui n’excèdent pas la hauteur des banquettes. L’augmentation de la vitesse rend le courant plus agressif et plus destructeur. Ces ouvrages sont donc plus menacés, aggravant eux-mêmes leurs propres conditions de survie.
La végétation
On observe toujours au niveau de la végétation une population d’arbres de haute futaie, qui si elle est agréable et utile à la faune, n’en est pas moins dangereuse : elle gêne l’écoulement, réduit le débit, et nourrit les embâcles.
L’approfondissement du lit
Les ouvrages de protection longitudinaux, quels qu’ils soient (digues, murs, banquettes en terre, enrochements ou autres) n’empêchent pas l’approfondissement du lit de la rivière.
L’approfondissement découvre les fondations des ouvrages d’endiguement en les exposant aux affouillements, qui les déchaussent et les sapent. Les ouvrages de protection des berges ainsi fragilisés risquent d’être détruits pendant les crues ; dès lors ils n’assurent plus leur fonction de protection, et viennent perturber l’écoulement et nourrir les embâcles aux ponts en particulier : aggravation des submersions.
On observe déjà çà et là des fissures et de mini-attaques dans les banquettes en gravier, qui sont à leur endroit autant de prises aux crues du Gardon [5]
On observe également de place en place, des fondations de murs ou perrés apparentes et bien dégagées, pour lesquelles il faut redouter, en cas d’attaque par affouillement, une redoutable érosion régressive des remblais derrière les ouvrages : d’abord par-dessous, puis vers le haut.
Dans cette hypothèse, les ouvrages pourraient se rompre et entraîner des désordres dont il est difficile d’apprécier la mesure, mais dont on est sûr qu’ils seraient graves et au minimum très onéreux.
Les importants travaux de terrassements du processus actuel sont à refaire en partie chaque année après les petites crues. Et lors des crues importantes ils sont à reprendre presque complètement. Ces travaux induisent chaque fois les mêmes bouleversements dans le lit de la rivière, sans jamais apporter un aménagement durable. A l’addition, tout cela coûte très cher.
Les nappes phréatiques
En outre l’abaissement du fond du lit entraîne le rabattement (vidange) des nappes phréatiques, réduisant leur capacité jusqu’à leur assèchement, si l’on continue à ignorer le phénomène. Le fil d’eau, de place en place, coule sur les affleurements rocheux du fond du lit du Gardon, à des endroits où l’on ne les voyait pas. L’alimentation en eau pour la consommation humaine, pour les besoins agricoles, ainsi que pour les eco-systèmes humides dans les plaines alluviales, est gravement compromise [6].
N’y aurait-il rien de nouveau à faire pour améliorer significativement la situation actuelle ?
3 Que pourrait-on faire ?
Il existe des solutions et des dispositions techniques, ainsi que des méthodes de gestion de la rivière qui peuvent sensiblement améliorer la situation, et qui n’ont pas à ce jour été expérimentées, au moins pour le Gardon à Alès.
Dégager le lit
Tout d’abord il faut impérativement arrêter toute nouvelle construction en élévation dans le lit du Gardon. Et si l’on veut vraiment être efficace, il faut même reconsidérer certains ouvrages, tels que banquettes en gravier, enrochements artificiels non stabilisés ou erratiques ; même le barrage du pont de La Prairie doit être remis en question [7].
Il faut opérer un grand nettoyage et enlever du lit tous les éléments instables susceptibles d’alimenter les embâcles : textiles et objets divers, arbres de haute futaie, massif d’arbrisseaux trop denses [8].
Pérenniser les protections
Il faut assurer la pérennité des ouvrages de protection.
Pour cela il faut fixer le fond du lit du Gardon par la construction de seuils en dur, disposés de place en place. Ces seuils arrêtent l’approndissement du lit, et donnent une bonne régularité au profil en long (allure du fil d’eau). Le dispositif est complété en disposant à intervalles réguliers, entre les seuils, de petits épis, d’une dizaine de mètres de longueur, construits suivant le même principe [9].
Entretenir le lit
Une bonne démarche d’entretien consiste à intervenir, d’une part avant que les arbres ne soient trop grands (moins cher à traiter), d’autre part à surveiller les berges et à effectuer les réparations avant que les désordres ne prennent de l’ampleur (plus tôt on intervient et moins c’est cher à traiter).
Equipes d’intervention
Pour faire face aux crues, des équipes d’intervention, mobilisables rapidement en cas d’alerte, doivent être constituées et entraînées aux tâches à accomplir.
Eu égard au caractère exceptionnel de ces événements les équipes, coordonnées par la puissance publique, doivent s’adjoindre les capacités humaines et matérielles des entreprises de travaux publics.
Afin de mieux se connaître et d’être parfaitement opérationnelles, à l’approche des précipitations d’équinoxe, les équipes sont réunies pour simuler une intervention.
Par exemple, une des missions décisives de ces équipes consiste à se placer aux têtes des ponts notamment pour empêcher et combattre la formation des embâcles [10].
Dispositif d’alerte
Dès l’annonce de précipitations exceptionnelles susceptibles d’entraîner des désordres ou des crues :
Les équipes d’intervention doivent être mises en alerte, en confirmant à chacune son lieu d’intervention.
La population directement exposée doit être alertée de l’imminence du danger, afin qu’elle puisse prendre toute disposition conservatoire de son patrimoine, et le cas échéant, évacuer hors des zones à risques en des sites préalablement désignés [11].
Adapter les règles d’urbanisme
Les permis de construire doivent comporter des prescriptions [12] visant à réduire le ruissellement et à maintenir les eaux pendant les fortes précipitations.
Aménagements publics
Pour ce qui relève des pouvoirs publics, dans toutes leurs actions d’aménagement, ils doivent tout considérer pour créer autant d’ouvrages possibles de retenues des eaux de pluie, même très modestes [13] ;
4 Conclusion
De nombreux et importants travaux, très onéreux, sont régulièrement effectués dans le Gardon et ses abords sans vraiment atteindre leur objectif de sécurité. On peut donc dire qu’ils ne sont pas appropriés aux problèmes posés.
Il convient donc de pratiquer une nouvelle approche et trouver des dispositions et aménagements efficaces [14]. C’est ce qui est proposé dans le présent document. Les idées qu’il développe ne sont certainement pas les seules que l’on puisse concevoir. Il appartient à chacun d’apporter les siennes pour enrichir le débat.
Mais avant réalisation, une étude hydraulique [15] est indispensable pour vérifier et préciser les dispositions techniques nécessairement schématiques ici [16].
Enfin, une démarche de réelle sécurité n’est pas incompatible, bien au contraire, avec des réalisations multiples, réalistes, utiles, ludiques et agréables, pour la satisfaction du plus grand nombre [17].
Annexes pour préciser ou développer ce qui précède
Annexe 1 Le fonctionnement du Gardon
Le GARDON c’est quoi ?
1 Un torrent
Ses caractéristiques
Le bassin du Gardon est très accidenté. Entre sa source et Alès il présente une grande dénivelée. La distance qu’il parcourt est relativement faible. La pente d’écoulement est donc forte. En outre les versants des reliefs qui l’alimentent sur tout son parcours ont de très fortes pentes.
Ces caractéristiques font que la vitesse de l’eau est naturellement forte. Et en canalisant le Gardon la vitesse de l’eau a augmenté encore.
Les pluies
La situation géographique du bassin versant, met le Gardon sous le régime des pluies méditerranéennes, qui se caractérisent par des précipitations très abondantes dans un temps très court : plusieurs décimètres d’eau en quelques heures.
Conséquences
Tous ces éléments font que l’eau tombée sur les reliefs arrive et se concentre très vite en grande quantité à Alès [18]. Ils se conjuguent pour donner aux crues un volume imposant d’eau, déferlant à très grande vitesse [19], et développant une énergie considérable.
Le Gardon devient donc un torrent impétueux.
Remarque : Le barrage de Sainte Cécile d’Andorge
Le barrage étant situé assez loin d’Alès, voit son efficacité très sérieusement réduite à Alès. La partie du bassin entre le barrage et la ville reste relativement importante. Et il faut ajouter le bassin du Galeizon qui n’est pas écrêté.
2 Un terrain fertile
Eu égard à sa situation géographique, à la nature du sol [20] et à la qualité de l’eau, la végétation "spontanée" se développe abondamment et très rapidement.
Cette végétation, avant que l’homme n’entreprenne d’enfermer la rivière dans des digues, participait à la régulation des débits. Elle freinait l’eau, et contribuait ainsi à la constitution des terres agricoles et à leur enrichissement : dépôts de limons et fertilisation [21].
Les terres régulièrement submergées s’amélioraient de crue en crue.
Conséquences
Aujourd’hui cette richesse initiale, même si l’on apprécie encore la verdure, s’est retournée, et la végétation qui se développe dans le carcan du Gardon est devenue "nuisible", en venant, lors des crues, gêner le débit de l’eau et nourrir les embâcles.
3 Une liqueur dense
Le lit du Gardon, entre la roche géologiquement en place [22] et la partie visible sous l’eau [23] est constitué d’alluvions, sur une épaisseur variable de zéro [24] jusqu’à plusieurs mètres.
Ces alluvions se composent essentiellement d’éléments siliceux : graviers et sables roulés et, surtout lors des crues, de limons très fins prélevés sur le lit majeur (partie du lit habituellement hors d’eau).
Lors des crues importantes en particulier, l’énergie considérable des flots met en émulsion les sables et les limons ; nonobstant toutes les pollutions, dilutions et autres corps flottants prélevés sur les berges [25], qui viennent enrichir le mélange.
Ceci se traduit par une augmentation de la densité du fluide qui déferle dans le Gardon canalisé. Ce n’est plus de l’eau à un kilogramme par litre qui s’écoule, mais une "liqueur dense" qui pèse beaucoup plus d’un kilogramme par litre [26].
4 Une rivière à fond mobile
Sous les seuls effets mécaniques liés à la puissance des flots [27] les matériaux se déplacent, même pour de petites crues. Les déplacements s’amplifient avec l’importance des crues.
Et la "liqueur dense" vient sensiblement faciliter le déplacement, non seulement des matériaux naturels du lit de la rivière, mais aussi des enrochements artificiels, même de grandes dimensions. Lors de crues moyennes [28], il a été observé des déplacements de blocs d’enrochements de plusieurs tonnes, sur plusieurs centaines de mètres [29].
Donc, le déplacement de tous les matériaux constituant le lit de la rivière au-dessus de la roche en place, fait du Gardon une "rivière à fond mobile".
conséquences
"Liqueur dense" et" fond mobile" font du Gardon, non seulement un torrent impétueux, mais un boutoir puissant et destructeur.
Annexe 2 Les interventions dans le Gardon
1 Les emprunts de matériaux
Le Gardon étant une rivière à fond mobile les sables et graviers se déplacent constamment. Le lit est alimenté en matériaux par l’érosion des reliefs, compensant ainsi les pertes naturelles vers l’aval.
Si l’on prélève des matériaux en un quelconque endroit le cycle naturel géologique est déséquilibré.
L’écoulement perturbé entraîne des érosions régressives. La vitesse de l’eau se modifie de manière anarchique.
Les perturbations ont des effets sur de longues distances. Par exemple des prélèvements effectués à Alès, privent la rivière dans les communes de l’aval, des apports de matériaux devant compenser les pertes naturelles.
conséquences
Les prélèvements de matériaux entraînent des approfondissements et par conséquent des affouillements des ouvrages de protection ou de franchissement.
Les nappes phréatiques sont de moins en moins alimentées par la rivière, et sont de plus en plus rabattues : leur niveau baisse inexorablement.
2 Les constructions dans le lit mineur
Toutes les constructions en élévation [30] dans le lit du Gardon, perturbent le régime d’écoulement :
augmentation des vitesses par la réduction des largeurs,
réduction de la surface d’écoulement,
perte de capacité d’écoulement par la création de nombreux remous,
exhaussement du niveau de l’eau,
aggravation des submersions et des embâcles en cas de destruction de ces ouvrages par les crues, ou même, par le barrage qu’ils constituent s’ils ne sont pas détruits : création d’embâcles.
En fin de compte toutes ces contraintes réduisent le débit du Gardon, et sa capacité à recevoir ses affluents (comme le Grabieux par exemple) ; et lors des crues, elles avancent et aggravent les submersions. On peut éclairer cela par l’exemple chiffré ci-dessous.
exemple chiffré
Sur la base d’une vitesse de l’eau en crue de l’ordre de 4 m/s [31], pour chaque mètre carré de section d’écoulement perdu, le Gardon perd une capacité d’évacuation de 4 m3/seconde.
Imaginons, un obstacle tel qu’une baquette qui ferait environ 2 mètres de hauteur et 10 mètres de largeur. Le Gardon serait privé pour deux banquettes [32] d’une capacité d’évacuation de 160 m3/seconde [33].
Imaginons à présent, le Gardon plein, ces 160 m3/seconde déferlant hors du lit à l’endroit où la surface d’écoulement est réduite.
Ce petit, mais réaliste, exemple permet de comprendre que toute réduction, même modeste, de la capacité d’écoulement du Gardon a des effets destructeurs en milieu urbain notamment.
conséquences
La moindre construction en élévation a des effets nocifs sur l’écoulement du Gardon. Toute construction de cette nature est à proscrire.
remarque
Eu égard aux modifications climatiques qui se profilent, laissant présager des crues plus fréquentes et plus violentes, il ne faut pas exclure se trouver un jour, dans l’obligation de recourir à des solutions lourdes ; telles que des restitutions de capacité d’écoulement dans la traversée de la ville, en reconsidérant les ouvrages existants [34].
Cette approche peut être modulée si l’on considère l’éventualité d’ouvrages d’écrêtement en amont de la ville [35].
Enfin ce qui précède est vrai aussi pour les affluents du Gardon, et en particulier pour le plus près et le plus menaçant : Le Grabieux.
3 Le plan d’eau entre le pont de La Prairie et le pont Vieux
Concevoir un plan d’eau dans le Gardon n’est pas, dans son principe, une mauvaise opération pour le fonctionnement de la rivière, le respect des nappes phréatiques, et la sécurité publique. Par ailleurs l’agrément qu’apporte un plan d’eau n’est pas contestable.
Toutefois l’implantation du plan d’eau est déterminante, quant au bon fonctionnement du cours d’eau. Donc cette implantation ne doit être déterminée que pour des raisons strictement hydrauliques. L’agrément qu’il apporte doit être comme un plus induit par un aménagement bien pensé en terme de sécurité.
Essayons d’expliquer pourquoi, l’implantation actuelle n’est pas convenable.
La retenue d’eau constitue un "coin d’eau" délimité :
dessous, par le plafond du Gardon légèrement en pente,
dessus, par la surface de l’eau, horizontale (plan d’eau plein),
en bas, par le barrage,
sur les côtés par les berges.
La pointe effilée du coin, est ici vers le Pont Vieux, et la partie épaisse vers le Pont de La Prairie (le barrage). Imaginons [36], que nous déplacions le coin d’eau en le faisant glisser le long du fond du lit, entre aval et amont.
Nous observons que plus le "coin d’eau" s’enfonce sous le Pont de La Prairie, en direction du Pont Vieux, plus l’épaisseur du "coin d’eau" est grande sous le Pont de La Prairie. Et par conséquent, la hauteur disponible pour les crues sous le Pont se trouve d’autant réduite [37].
Si la réalisation d’un plan d’eau, tel que l’existant, correspond à une attente forte de la population, son implantation doit être telle que la pointe effilée du "coin d’eau" soit déplacée à l’aval du pont de La Prairie.
Dans cette situation le plan d’eau n’induirait pas de perturbation du régime d’écoulement de l’eau, ni de réduction du débit du pont de La Prairie.
En outre, une telle situation assurerait un meilleur soutien de la nappe phréatique de la zone agricole de La Prairie. Elle ne serait pas rabattue (vidangée), comme on l’observe actuellement.
Annexe 3 Les seuils
Les seuils sont de petits barrages en dur (béton armé, ou maçonnerie cyclopéenne, ou combinaison des deux, etc.), légèrement concaves vers l’aval, enterrés dans le fond du lit. Ils règnent sur toute la largeur de la rivière, et le niveau supérieur correspond, à leurs extrémités, au niveau supérieur des fondations des ouvrages de protection des berges (murs ou perrés).
Leur partie supérieure est légèrement en pente, à partir de leurs extrémités, vers le milieu de la rivière. Ils peuvent comporter, en leur milieu, une échancrure trapézoïdale de quelques décimètres de profondeur, et d’une dizaine de mètres de largeur, pour obliger l’eau à s’écouler, à l’étiage, dans l’axe du lit, loin des ouvrages de protection.
La concavité vers l’aval des seuils à pour effet de ramener l’écoulement de l’eau vers le milieu du lit. En effet l’eau franchit les obstacles en s’écoulant dans une direction perpendiculaire à l’obstacle vers l’aval. Ainsi pour des débits habituels et de petites crues l’eau ne va pas affouiller les ouvrages d’endiguement. Le fond du lit est stabilisé le long des ouvrages d’endiguement, prêt à affronter les crues dans des conditions optimales.
Au droit des ponts les seuils sont à adapter en fonction des ouvertures. Ces seuils, non seulement fixent le fond du lit, mais pérennisent les fondations des ponts.
Les épis sont des ouvrages comparables à des amorces de seuils à partir des protections des berges (murs et perrés).
Avantages induits par les seuils
Outre la pérennisation des murs et perrés, ce qui est le but fondamental recherché, les seuils permettent d’aménager dans le lit du Gardon, dans toute la traversée de la ville, par exemple :
des sentiers piétonniers pour la promenade,
des parcours de santé pour les sportifs,
des pistes de VTT,
des aires de jeux au droit des quartiers à forte population de jeunes,
et pourquoi pas des cheminements équestres ?
ou toute autre activité de loisir appropriée.
Ces aménagements sont à peu de frais, eu égard au fait que le lit du Gardon est en très grande partie fixé, régularisé et stabilisé. Ils ne nécessitent qu’une maîtrise de la végétation, et l’utilisation de petits engins de nivellement, sans prélèvement de matériaux.
Les seuils constituent, par leur nombre, de petits plans d’eau bénéficiant à toute la traversée de la ville. Bien sûr, ils ne permettent pas la pratique des sports nautiques. Cependant ils sont beaucoup plus charmants et mieux répartis.
Ils peuvent participer également, par la création naturelle de micro-chutes, à l’oxygénation de la rivière.
Le caractère naturel obtenu par ce type d’aménagement favorise la faune aquatique, et l’avifaune déjà riche dans le Gardon [38].
Enfin ces aménagements, sans aucun élément en élévation dans le lit, ne sont pas de nature à perturber le régime d’écoulement de la rivière.
Remarque :
Le Gardon ainsi aménagé, constitue un véritable atout social et touristique : il concerne toutes les tranches d’âges. Alors qu’un grand plan d’eau, est davantage orienté vers des pratiques sportives, dédiées à une population plus restreinte [39].
Annexe 4 Les documents d’urbanisme
Les dispositions réglementaires des documents d’urbanisme doivent intégrer les contraintes liées au fonctionnement du Gardon : retenir le plus possible l’eau dans les zones hautes de la commune au moment des fortes précipitations, éviter de favoriser les ruissellements, veiller à ne pas favoriser ou alimenter les embâcles.
Même si ce qui suit peut paraître contraignant, le moment est venu, à la lumière de toutes les catastrophes hydrauliques,
tant pour Alès que pour de très nombreuses agglomérations, de définir dans les règlements d’urbanisme :
un Coefficient d’Imperméabilisation des Sols (CIS),
et des Dispositions Hydrauliques Réglementaires (DHR),
Ces éléments visent à maîtriser les ruissellements, et à limiter la concentration rapide des eaux.
Le CIS et les DHR (à l’instar du Coefficient d’Occupation des Sols)seraientimposéslors de l’attribution des permis de
construire.
Chaque fois que l’on imperméabilise le sol l’eau ruisselle plus facilement et vient plus vite se concentrer dans le lit des rivières, augmentant ainsi le volume des crues ; le CIS permet de définir pour une construction donnée la proportion de la
surface de sol qui doit être maintenue en espace naturel [40].
A titre d’exemple de DHR, pour retenir le plus possible l’eau, dans les espaces privés, il faut clôturer les propriétés
bâties de telle sorte que l’eau de pluie soit retenue et restituée lentement par des exutoires adaptés ; la submersion des jardins et autres espaces non-bâtis ne dure que quelques heures [41].
Un autre exemple de DHR, pour ne pas aggraver les embâcles : aux abords de la rivière, réglementer l’installation ou le
stationnement de tous les éléments pouvant être emportés par les crues, tels que cuves [42], caravanes, véhicules, plantations, matériaux etc. ...
Le financement de ces dispositifs pourrait s’inscrire, en particulier pour l’amélioration des situations préexistantes, dans le système des réductions fiscales, tel qu’il existe pour bien d’autres domaines que notre pays veut promouvoir [43].
Ce document n’a pas la prétention d’apporter toutes les réponses utiles. Il constitue un essai modeste pour initier le
mouvement, en espérant qu’il sera relayé et développé par tous ceux qui sont préoccupés par l’intérêt général, ou bien qui
l’ont en charge.
Annexe 5 Embâcles : exemple et propositions
Hypothèse d’embâcle au Pont Vieux
Ce qui suit doit être lu comme une fiction, mais sans oublier que la réalité bien souvent dépasse la fiction.
Que peut-il se produire si rien de convenable n’est fait ? le Pont Vieux se trouve à la sortie d’une courbe très accentuée de la rivière, et les conditions pour produire le pire sont réunies :
les fondations des ouvrages d’endiguement, insuffisamment protégées, sont affouillées, s’effondrent et se disloquent en
blocs, en créant des remous,
les blocs avec les autres corps flottants (arbres, et objets divers) vont créer des obstacles à l’écoulement des eaux, et préparer l’embâcle.
Alors :
les arches sont bouchées d’abord par des arbres, des blocs artificiels ou provenant de la destruction de digues, puis par des écheveaux de broussailles, d’objets flottants divers [44] qui complètent l’obstruction ;
en rive gauche, le Gardon s’engouffre à grande vitesse (un front d’eau tel une cascade) dans la rue Balore et la Grand Rue Jean Moulin. L’eau atteint très vite le premier étage des maisons et remonte jusqu’à la cathédrale inondant au passage le Marché et ses sous-sols. Puis s’écoule à grande vitesse vers la rue Mandajors et la clinique Bonnefon, en se répandant très
loin dans les quartiers situés au-dessous du niveau des voies sur berges ;
en rive droite, le Gardon déferle à grande vitesse vers la Prairie par l’avenue Jules Guesde et la rue Fernand Pelloutier entraînant des destructions inestimables et difficiles à imaginer.
On peut ici aggraver le scénario catastrophe. En effet, lorsque le bassin sans exutoire, constitué par les quartiers bas de la ville, inondés, est plein [45] la crue ne peut alors s’écouler que par la tête de pont rive droite vers le quartier de la Prairie, où elle atteint plusieurs mètres de hauteur.
Ce scénario catastrophe, même s’il peut, pour certains, sembler exagéré, reste néanmoins dans le domaine du possible.
Ne dit-on pas gouverner c’est prévoir ... ? Dès lors il nous appartient d’imaginer le possible, pour nous éclairer sur les moyens de faire reculer ce possible, ou à défaut de s’y préparer afin de composer avec lui pour en minimiser les conséquences.
Remarque :
En septembre 2002, les Prés Saint Jean ont constitué un bassin de retenue, en amont de la ville, de plusieurs centaines de milliers de mètres cubes d’eau [46].
Cette retenue a évité le pire notamment au pont Vieux et au pont de La Prairie ; lequel a néanmoins très largement débordé vers la ville (Quartier de la place de la Libération et bas du boulevard Gambetta), et vers le quartier de la Prairie.
Il ne faut pas douter, qu’en l’absence de la retenue des prés Saint Jean, le scénario catastrophe évoqué ci-dessus, se serait produit.
Essayons d’imaginer plusieurs centaines de milliers de mètres cubes d’eau déferlant dans les quartiers historiques de la ville et de la Prairie ... !
N’y a-t-il pas là une alerte suffisante pour mobiliser les consciences ?
Propositions pour combattre un embâcle
Toutes les précautions ayant été prises, il pourra encore se produire des embâcles.
Alors un plan d’intervention pourrait être le suivant :
Dès que de fortes précipitations sont annoncées des équipes, préalablement préparées et désignées, rejoignent les têtes de ponts avec un matériel d’intervention approprié.
Ce matériel se compose de grappins auto-portés [47], de petits matériels pour mettre en œuvre des charges d’explosif destinées à détruire les bouchons qui ont résisté aux grappins [48].
Ces équipes ainsi appareillées, disposées aux têtes de pont peuvent combattre les embâcles en formation, et maintenir au Gardon son débit maximum.
Pour cela les autorités publiques doivent s’adjoindre, dans le plan d’intervention, les capacités et moyens techniques des Entreprises. Face à des situations exceptionnelles attendues, tous les moyens doivent être mobilisés, dès le stade de la prévention des risques.
Annexe 6 Les coûts
Ce document est limité, pour les coûts, à de simples considérations de bon sens, néanmoins suffisantes pour montrer, à partir d’une simple comparaison, que des aménagements appropriés ne sont pas forcément plus chers, que des travaux pour des ouvrages non pérennes.
Nous pouvons facilement imaginer [49] les sommes considérables qui ont été dépensées dans le Gardon au fil du temps !
Et, si l’on considère les coûts inhérents aux destructions causées par les crues [50], les sommes en jeu sont quasiment inchiffrables. Sans compter ici l’inestimable impact
humain.
Alors, que des investissements pour des ouvrages mieux appropriés, comme des seuils et des épis enfouis, quel qu’en soit le coût, sont de toute évidence, compte tenu des enjeux, beaucoup moins chers en fin de compte.
En effet, ces ouvrages sont pérennes, et leur présence ne se traduit que par de modestes opérations d’entretien.
S’il n’existe pas de solution parfaite dans le contexte, il existe toutefois des solutions mieux adaptées que d’autres ; il appartient aux responsables en charge du Gardon de le vérifier.
Exemple de comparaison de coût pour la protection des fondations des ponts :
Si l’on ajoute la longueur des protections périphériques des piles des ponts, on voit que la longueur totale est comparable à celle du seuil qui les évite. Donc l’ordre de grandeur des coûts est ici comparable. En outre, non seulement les piles sont protégées, mais le fond du lit est stabilisé.
[1] Le lit majeur, zone inondable.
[2] Voir ci-dessous à titre d’exemple ce qui pourrait se passer au pont Vieux : Annexe 5 Embâcles : exemple et propositions.
[3] Selon le simple bon sens, on peut dire que la submersion du pont de La Prairie, observée en septembre 2002, a été au minimum aggravée par la réduction du débouché sous la travée rive gauche du pont.
[4] Voir ci-dessous le paragraphe du plan d’eau : Annexe 2 Les interventions dans le Gardon.
[5] . Par exemple, pour n’en citer que deux observées fin juillet 2003, où de toute évidence se produiront au minimum, si rien n’est fait, des destructions de banquettes :
à la sortie aval de l’ancien canal du Moulinet (aval rive gauche du pont de Berthole) ;
à la sortie aval du ruisseau de Chaudebois (au carrefour de la route de Saint Jean du Pin).
[6] Par exemple la nappe de La Prairie est compromise, son niveau est tel que certains captages sont asséchés épisodiquement (pompes désamorcées), et d’autres complètement ; ce qui ne s’était jamais vu de mémoire de jardiniers.
[7] Voir ci-dessous le paragraphe du plan d’eau : Annexe 2 Les interventions dans le Gardon.
[8] Voir Annexe 1 Le fonctionnement du Gardon
[9] Voir ci-dessous le paragraphe concernant les seuils : Annexe 3 Les seuils.
[10] Voir Annexe 5 Embâcles : exemple et propositions
[11] Au moins pour toutes les personnes qui ne disposent pas de moyens propres.
[12] voir Annexe 4 Les documents d’urbanisme
[13] Il s’agit ici d’un état d’esprit.
[14] En toute hypothèse, et à tout prix, il faut d’abord, éviter la destruction des ouvrages de protection : notamment murs et perrés.
[15] Cette étude doit être réalisée par un Bureau d’Ingénierie spécialisé, indépendant, non rémunéré directement par le client, et pilotée par les Services compétents de l’Etat.
[16] Le présent document ne constitue qu’un survol rapide de la situation. Il y a beaucoup à dire et à faire par les hydrauliciens, et par les responsables politiques.
[17] Voir Annexe 3, § Avantages induits par les seuils.
[18] Temps de concentration très court.
[19] Plusieurs mètres par seconde.
[20] Grande quantité de sables et limons.
[21] Quartiers de Brouzen, des Prés Saint Jean, quartier du Tempéras (anciens jardins maraîchers), et quartier de La Prairie encore en partie épargné.
[22] Le bed rock ou le plancher sur lequel reposent les graviers.
[23] Le plafond ou partie visible du lit.
[24] Le "bed rock" affleure.
[25] Végétaux divers, pollutions humaines.
[26] Cette analyse s’inspire de ce qui est fait pour extraire le minerai de plomb de sa gangue rocheuse.
[27] Pentes, vitesse de l’eau, formes et dimensions des éléments constitutifs du lit.
[28] Deux à trois mètres de hauteur d’eau.
[29] Les eaux denses de la Mer Morte, peuvent constituer un exemple de ce principe.
[30] Constructions effectuées au-dessus du fond du lit, occupant le débouché superficiel du chenal (section hydraulique ou section mouillée).
[31] Vitesse mesurée au fil de l’eau lors de la crue de 1958. C’est la vitesse de l’eau au moment où elle déborde.
[32] Une banquette de chaque côté.
[33] Débit perdu : (4 m3/s x 2 m x 10 m) x 2 = 160 mètres cubes par seconde.
[34] Par exemple pour la travée rive gauche du pont de La Prairie, qui porte le giratoire, il existe une solution alternative de nature à améliorer la situation hydraulique préexistante. Pour mémoire, cette solution porte sur le remplacement des piliers, poutres, hourdis, et ancien tablier, par une dalle épaisse, présentant les avantages suivants :
débouché hydraulique amélioré, pas de piliers ni de poutres dans le lit du Gardon, qui réduisent la section d’écoulement,
et en plus le giratoire peut être aménagé de façon plus confortable.
[35] Pour le Galeizon par exemple.
[36] Confer l’écluse à coin d’eau du canal du Midi.
[37] Ce raisonnement doit être atténué par deux éléments :
le coin d’eau est fluide, mais incompressible,
le barrage comporte une échancrure, en son milieu, sur le tiers environ de sa largeur (boudin souple gonflable).
Cela dit, ces éléments atténuateurs continuent à induire, malgré le laminage de la lame d’eau, et même boudin dégonflé, des contraintes significatives dans le régime d’écoulement du Gardon en fortes crues (remous en particulier).
[38] Canards, Aigrette, hérons cendrés, etc. ...
[39] On peut noter, à l’expérience, que le plan d’eau existant n’attire pas vraiment la population. Alors que les avantages liés aux seuils, et indiqués ci-dessus, seraient certainement plus attractifs ; ils touchent toutes les tranches d’âge, et davantage de types d’activités accessibles à tous..
[40] Ou le maximum de surface imperméabilisée.
[41] C’est une petite contribution à l’intérêt général. Il s’agit ici d’un état d’esprit civique.
[42] Elles doivent être enterrées ou solidement ancrées.
[43] Par exemple : économies d’énergie etc. .
[44] La liste peut être longue, à dépasser l’imagination ...
[45] Souvenons-nous comme se sont remplis les Prés Saint Jean en septembre 2002.
[46] Certainement beaucoup plus de 500 000 m3, sans compter les stockages en amont des Prés Saint Jean et en rive droite.
[47] Matériel du type de celui utilisé par les forestiers, ou nouveau matériel à imaginer pour répondre à ces problèmes.
[48] Confer le traitement anti-avalanches à l’explosif en haute Montagne.
[49] A défaut d’une recherche fastidieuse dans les archives.
[50] Et quelquefois induites ou aggravées par des aménagements inappropriés.

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